Le soi-disant Yves Pagès...
Romain, « 11 ans moins des poussières », raconte son histoire. L'affaire est grave. Le soir du mardi 6 février 1973, il aura suffi d'un quart d'heure pour que le collège parisien de la rue Edouard-Pailleron, à Paris, parte en fumée (c'est de l'authentique). Du balcon d'en face, avec à la main un livre d'un certain Manuel Kant auquel il ne comprend rien (« Fondements de la métalchimique des sœurs »), il voit sa sœur partir en fumée (c'est du roman). Il n'a rien manqué du spectacle. Une scène qui lui colle à la rétine et va l'impressionner. Le lendemain, on compte plus d'une vingtaine de victimes à la une des journaux, dont un disparu, Romain justement, qui ne resurgira que trois jours plus tard. Sinistre accidentel, comme on l'a d'abord cru, ou incendie criminel, le doute va s’installer . Le temps que s'organise une chasse aux apprentis pyromanes. Les flics, les juges, les psys, ses parents le somment de s'expliquer, de fournir un alibi, de nommer le coupable si possible idéal. Trois suspects émergent alors : le fugueur Romain (pour cause de fugue), son meilleur ami, Cyril, alias Zippo. Ou sa sœur aînée, Marianne, grande brûlée en sursis. Mais face à l'enquête policière, judiciaire puis psychiatrique pressée de se trouver un coupable idéal, les familles endeuillées s'obstinent à dénoncer d'autres responsabilités à l'origine du drame : l'Etat qui a fait construire au rabais des établissement scolaires préfabriqués hors norme de sécurité.
C'est quand Romain rejoint le domicile familial que l'histoire s'embrase. Le filou radiographie toute une époque. En vrac : les ciné-clubs avant-gardistes, les films italiens, trop intellos, trop nanars, les machins hollywoodiens, les chansons de Polnareff (« On ira tous au paradiiiiiis »), les râles de Janis Joplin, le spleen des filles, les cheveux longs des garçons, le féminisme qui libère les ventres, la politique tous azimuts, les comités de lutte, la guéguerre entre frère et sœur… Tout un monde de fureur, de ferveur, de désirs à la folie et d'illusions. Le narrateur est Romain lui-même, qui n’a de cesse de voir sa sœur sortir vivante de l’hôpital afin de pouvoir recommencer à se chamailler avec elle. La première visite de Romain à l’hôpital, chez les grands brûlés est poignante et émouvante avec un clin d’œil (volontaire ?) au film de Trumbo Johnny s’en va-t’en guerre.
Cela dit, après quelques centaines de pages, l’auteur oublie hélas qu’il doit nous livrer une histoire. De toute façon, il a déjà révélé tout ce que nous devions savoir sur cet incendie. La suite est trop souvent un remplissage de pages avec les divagations d’un gamin au vocabulaire beaucoup trop développé. C’est un moulin à parole, surexcité, coincé entre son monde de bande-dessinée et celui des adultes. À trop vouloir faire drôle et désinvolte, les émotions finissent par ne plus passer.
Comments
J'ai moi-même été brulée au troisième degré. Et j'ai à chaque scène de feu, des souvenirs infernaux qui reviennent. Des odeurs de cochon brulés qui remontent. Ça devrait encore m'arriver, je préfère rester dedans tant cette mémoire est lourde et pénible...
Je te souhaite une très belle journée et t'embrasse, t.rez