1 post tagged “walter salles”
Depuis ses débuts de cinéaste, Walter Salles s'intéresse à son pays d'origine, l'Amérique du Sud, ses conditions de vie, sa misère, son désespoir. Dans CENTRAL DO BRASIL, il y avait cette écrivaine publique qui brûlait les lettres de ses clients. Dans CARNETS DE VOYAGE, il y a ces deux grands gamins, pleins d'espoir et d'envie de vivre, partis à la conquête du monde sur leur mobylette rouillée. Et comme dans chacun de ses films, le retour à la réalité, la rencontre avec la vie se prend comme une claque en pleine figure.
En 1952, celui qui deviendra le Che traverse l'Amérique du Sud avec son ami Alberto Granado. Un périple de toutes les découvertes qui va changer radicalement sa vision du monde . Le film est un road-movie initiatique, l'odyssée de deux jeunes gens anonymes et joyeux : les deux copains quittent Buenos Aires pour un périple de plusieurs mois à la découverte de l'Amérique latine. Un voyage de plusieurs milliers de kilomètres à travers la Patagonie, le Chili, le Pérou, pour aboutir à l'extrême nord du Venezuela. Alberto (Rodrigo de la Serna) aime manger, boire, danser et séduire ; Ernesto (Gael García Bernal), dit « Fuser », 23 ans, est étudiant en médecine, il est mince, beau, chouchou de sa riche famille et asthmatique. Don Quichotte et Sancho Pança avaient leur Rossinante. Ernesto et Alberto ont une Norton 500 un peu rouillée. Et Walter Salles filme avec bonheur et drôlerie les incidents cocasses vécus par ces deux inséparables complémentaires. Alberto drague tout ce qui bouge. Ernesto se fait draguer.
Walter Salles laisse peu à peu deviner la découverte, par deux bourgeois plutôt sages, au destin apparemment tout tracé, d'une réalité qu'ils ne faisaient que soupçonner. La beauté de leur terre. La misère de ceux qui y vivent. Un choc : la rencontre avec des journaliers chiliens, à la recherche d'un travail, chassés de chez eux pour s'être déclarés communistes. Comment lutter contre les propriétaires tyranniques ? Ce qu'apprennent les deux jeunes gens, c'est l'idée de la révolte permanente. Ne jamais accepter l'inacceptable.
A la fin de ce voyage picaresque, les deux copains se séparent. Alberto Granado s'apprête à devenir adulte ; Ernesto Guevara, lui, reste encore au seuil de l'existence, sans se rendre compte que ce périple a changé sa vie. Seulement l'engagement révolutionnaire, ce sera pour plus tard. Ce sera une autre histoire. Un autre film.
Je pensais que Walter Salles partait sur la piste d'un secret. Le paysage défile, des anecdotes poignantes ou cocasses, des rencontres, des problèmes de mécanique, des vaches... Walter Salles semble bien trop occupé à faire en sorte que le spectateur à l'américaine ne s’ennuie pas! J’attendais plus de réalisme (à la Ken Loach) au moment de filmer les abus des propriétaires terriens, la misère, les conversations avec les amérindiens, l’abus des patrons. Mais tout reste un peu trop lisse. Je garde néanmoins en mémoire l’épisode des lépreux. Salles a voulu montrer que le Che Guevara n'est pas qu'un visage étalé sur les T-Shirts des rebelles du monde entier. C'était avant tout un homme venu à la rencontre de son pays qu'il croyait puissant, et découvrait la misère d'un peuple opprimé et mourant. C’est ce que j’aurais voulu voir vraiment.